Vous aimez jardiner et vous avez à cœur la protection de la nature? Combinez donc ces deux passions et choisissez des plantes indigènes locales pour vos aménagements paysagers.
Qu'est-ce qu'une espèce indigène?
Une espèce est indigène à un endroit donné (ex. : indigène au Québec) lorsqu’elle se retrouve dans son aire de répartition naturelle. En opposition, une espèce est exotique lorsqu’on la retrouve hors de son aire de répartition naturelle. Prenons par exemple :
- l’épinette blanche pousse naturellement dans nos forêts, on dit donc qu’elle est indigène au Québec;
- l’épinette de Norvège, quant à elle, est originaire d’Europe et a été introduite au Québec pour ses qualités ornementales et son usage en foresterie, on peut donc dire qu’elle est exotique en Amérique du Nord, mais indigène en Europe.
Si on parle d’espèces exotiques envahissantes, c’est qu’une espèce introduite a des effets néfastes sur les habitats dans lesquels elle est introduite, au détriment de la biodiversité indigène.

Pourquoi les espèces indigènes sont-elles importantes?
Les espèces indigènes ont évolué ensemble depuis longtemps, au point que certaines dépendent les unes des autres pour vivre. Un exemple bien connu est celui du papillon monarque, qui dépend des asclépiades pour se reproduire. Beaucoup de chenilles dépendent des plantes, et beaucoup d’oiseaux dépendent des chenilles pour se nourrir. C’est le principe de la chaîne alimentaire!
De plus, la menace la plus élevée pour la biodiversité est la perte d’habitats. Lorsqu’on intègre des végétaux indigènes dans nos aménagements, nous créons des habitats pour la biodiversité et aidons nos espèces indigènes. Comme les plantes indigènes à la région l’habitent depuis des millénaires, elles ne sont pas seulement rustiques : elles sont adaptées aux conditions locales et bien plus résilientes qu’une mode passagère!
Faire un choix judicieux
Les centres de jardinage ont une abondance de choix d’espèces, mais il faut savoir que les modes et les succès de vente influencent leur selection. Certaines espèces sont très populaires et sont ainsi mises de l’avant, peu importe qu’elles soient indigènes ou non. Dans le pire des cas, il s’agit d’espèces ayant le potentiel de devenir exotiques envahissantes!
Au cours des dix dernières années, la sélection d’espèces indigènes disponibles dans les centres de jardinage a beaucoup augmenté, ce qui donne une chance aux jardiniers de les incorporer à leurs aménagements.
Des alternatives aux plantes classiques
Ci-dessous, nous vous proposons des choix de plantes indigènes à notre région qui sont comparables, par leur forme, leur floraison ou les conditions dans lesquelles elles aiment pousser; à certaines des espèces les plus communes, mais exotiques, que l’on peut retrouver sur le marché.

Les hostas (Hosta spp.)
Les hostas présentent une grande variété de formes et de couleurs de feuilles en plus de leur hampe florale. Elles font partie des classique des plantes-bandes à l'ombre, et ses caractéristiques font d’elles un passe-partout horticole. Ils sont originaires d’Asie et d’Eurasie.
Alternatives indigènes : on pourrait substituer les hostas par des espèces de plantes herbacées comme l’asaret du Canada (ou gingembre du Canada) (Asarum canadense) ou encore par la tiarelle stolonifère (Tiarella stolonifera) (anciennement Tiarella cordifolia : la tiarelle cordifoliée). Ces alternatives affectionnent les lieux plus frais et ombrageux, où les hostas auraient pu être recommandés.
C’est aussi une sélection beaucoup plus saine qui peut remplacer des plantes exotiques envahissantes qui sont souvent plantées à l’ombre, comme l’égopode podagraire (Aegopodium podagraria) ou la petite pervenche (Vinca minor).

Asaret du Canada

Tiarella stolonifera
Les hémérocalles (Hemerocallis spp.) et les lys asiatiques (Lilium spp.)
Ces deux genres de plantes, les hémérocalles et les lys asiatiques, ont comme point commun de produire de superbes fleurs qu’on pourrait croire inégalables, mais la flore indigène du Québec possède une diversité nonpareille aussi!


Alternatives indigènes : l’emblème floral de la Belle Province, l’iris versicolore (Iris versicolor) ou le lis du Canada (Lilium canadense) peuvent aisément remplacer les espèces exotiques populaires dans les aménagements paysagers. Elles font spectacle aux abords humides des lacs et des cours d’eau, mais sont tout de même tolérants de conditions moins mouillées.



Les lilas (Syringa vulgaris)
Difficile de substituer l’odeur des lilas en fleurs! Toutefois, si on chercher à remplacer son habitude arbustive et à inviter les pollinisateurs locaux, quelques options existent.
Alternatives indigènes : la ronce odorante (Rubus odoratus) ou la viorne cassinoïde (Viburnum cassinoides) sont deux espèces qui produisent une multitude de fleurs magnifiques qui plaisent à bon nombre d’insectes pollinisateurs. Bonus : contrairement aux fruits secs et immangeables des lilas, la ronce odorante et plusieurs espèces de viornes (viorne flexible (Viburnum lentago), viorne trilobée (V. opulus var. americanum) et viorne cassinoïde (V. cassinoides)) produisent des fruits comestibles à découvrir.


Les hydrangées (Hydrangea spp.)
Les hydrangées en charment plus d’un avec leurs grands pompons floraux et leur port buissonnant. Elles constituent une autre sélection d'espèce très populaire.


Alternatives indigènes : nos deux espèces de sureaux indigènes, le sureau blanc (ou sureau du Canada) (Sambucus canadensis) et le sureau rouge (Sambucus racemosa) sont des options de substitutions. Le premier affectionne les endroits ensoleillés et tolère un sol plus humide. À l'opposé, le second préfère la fraîcheur de la forêt et les sols bien drainés. Le sirop de sureau est bien connu, mais il faut bien distinguer les deux espèces, puisque les fruits de l’un sont comestibles et de l’autre toxique! Nul besoin de connaître la différence si l’on ne souhaite qu’embellir le jardin tout en accueillant la biodiversité.
Les buis (Buxus spp.) et les berbéris (Berberis spp.)
Les buis sont particulièrement prisés pour leur feuillage persistant. Les berbéris, eux, le sont pour leur feuillage coloré et leurs petits fruits rouges.


Alternatives indigènes : l’if du Canada (Taxus canadensis) ou le houx verticillé (Ilex verticillata) sont des remplacements intéressants. L’un conserve ses feuilles toute l’année, et les deux espèces produisent des petits fruits rouges. Ces derniers sont toxiques pour les humains, mais bien prisés par la faune.
À noter : les berbéris comme l’épine-vinette du Japon (ou épine-vinette de Thunberg) (Berberis thunbergii) sont considérés comme des espèces exotiques envahissantes dans notre région, puisque leurs fruits sont consommés par les oiseaux, puis répandus dans les milieux naturels, où les arbustes peuvent envahir le sous-bois et former des colonies épineuses. C’est d’ailleurs un problème fort répandu chez nos voisins du sud, aux États-Unis.


Les weigelas (Weigela spp.)
Ces espèces d’arbustes forment des buissons et sont abondamment vendus pour leur port et leurs fleurs. Elles sont très populaires en aménagement paysager.


Alternatives indigènes : le dierville (ou diervillée) chèvrefeuille (Diervilla lonicera) est une des espèces d’arbustes indigènes discrètes dans la nature, mais flamboyantes sous les projecteurs du monde ornemental! Le physocarpe à feuilles d’obier (Physocarpus opulifolius) est aussi un bon choix de remplacement et déjà très populaire en horticulture!
Un jardin généreux
Les principes de l’aménagement paysager moderne reposent sur l’esthétisme et une part de fonctionnalité. Ils utilisent les lignes, la symétrie, la texture, la forme, la répétition et autres pour meubler l’espace et plaire à l’œil. Toutes ces choses sont atteignables en utilisant des espèces indigènes. Un élément de l’aménagement ressort des autres : l’unité. On recherche une cohérence dans l’environnement artificiel, un équilibre dans la forme.

Joignons les principes de l’aménagement paysager et ceux de l’écologie, parlons d’équilibre naturel et d’unité dans le monde vivant. Les humains ont longtemps cohabité avec les espèces qui les entourent, et les Premières Nations faisaient du territoire un grand jardin qui leur fournissait leur subsistance. Nous ne sommes, après tout, qu’un des maillons dans la chaîne biologique et il n’est jamais trop tard pour renouer avec les autres êtres vivants qui nous entourent.
Qui n’apprécie pas le moment spécial où un colibri vient s’abreuver dans nos fleurs? Qui ne trouve pas magnifique un papillon coloré qui virevolte sur le terrain? Le chant des oiseaux au printemps nous charment tous! Ces petits plaisirs que nous offre la faune ne sont qu’accentués lorsqu’ils deviennent les bienvenus chez nous et cela vient avec un respect des interrelations qu’ont la faune et la flore.

Choisir des plantes indigènes à notre localité pour nos aménagements est synonyme de respecter le lieu. Pourquoi s’entourer de plantes qui imitent (et à peine) un écosystème lointain alors que notre région regorge de magnifiques plantes que notre biodiversité connaît et utilise? Certains se fâcheront si un cerf ou un lapin broute les feuilles de leurs hostas... Nous invitons plutôt à diversifier le buffet et à tolérer ces intrusions occasionnelles. La vie est plus agréable quand on la partage avec les autres!
Nos partenaires de projet
La Ville de Bromont et la Ville de Granby sont deux partenaires importants pour nous. Les notions partagées dans cet article représentent un des points d’appui de notre collaboration dans la lutte aux plantes exotiques envahissantes sur le territoire de ces deux villes. Les plantes exotiques envahissantes dont nous faisons le contrôle à Granby et à Bromont proviennent, à l’origine, du monde horticole. Lorsque nous les retirons, nous cherchons à restaurer le milieu en implantant des espèces de plantes indigènes qui reflètent les écosystèmes.
Sources :
- Adapté d’un article par Frédéric Coursol. (2010, 13 octobre 2010). Plante indigène, exotique, naturalisée ou envahissante? Espace pour la vie;
- Ryan Godfrey. (2022, 1er juin 2022). Jardiner pour la biodiversité en six étapes faciles. WWF;
- Fédération canadienne de la faune. (2026). Comment jardiner pour la faune;
- Martel paysagiste. Les principes essentiels de l'aménagement.

